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Marche automobile francais : le virage electrique s'accelere

Avec 28% de parts de marche pour les vehicules electriques et une industrie en pleine reconversion, le marche automobile francais vit sa plus grande transformation depuis l'apres-guerre.

Vehicules electriques sur une chaine de production dans une usine automobile francaise

Le marche automobile francais est en pleine revolution. En 2026, le vehicule electrique (VE) represente 28% des immatriculations neuves, contre 17% en 2024 et 8% en 2022. La bascule vers l’electromobilite, longtemps annoncee, est en train de s’accelerer sous l’effet des normes europeennes, de la baisse des prix des batteries et de l’evolution des mentalites.

Un marche en reconstitution

Selon les donnees de la Plateforme Automobile (PFA), les immatriculations de vehicules neufs en France ont atteint 1,82 million d’unites en 2025, en hausse de 4,5% par rapport a 2024 mais encore 18% en dessous du niveau d’avant-crise de 2019.

“Le marche se reconstitue lentement, mais le mix s’est profondement transformé”, analyse le president de la PFA. “L’electrique et l’hybride representent desormais 52% des ventes, contre 38% en 2024 et 15% en 2020.”

La part du diesel continue de s’effondrer : 8% des immatriculations en 2025, contre 12% en 2024 et 60% en 2012. L’essence resiste a 40%, mais son declin est programme avec l’interdiction de la vente des vehicules thermiques neufs en Europe en 2035.

Le marche du vehicule electrique decolle

Les ventes de vehicules 100% electriques ont atteint 510 000 unites en 2025, en hausse de 35% par rapport a 2024. Le marche est domine par les constructeurs francais : Renault (22% de parts de marche VE), Stellantis (28% avec Peugeot, Citroen, DS, Opel) et Tesla (15%).

La Renault Megane E-Tech est le vehicule electrique le plus vendu en France en 2025-2026, avec 62 000 unites ecoulees. “Notre strategie d’electrification a ete lancee en 2012 avec la Zoe, et nous recoltons aujourd’hui les fruits de ces investissements”, declare le directeur general de Renault.

La Peugeot e-208 et la e-308 se classent respectivement deuxieme et quatrieme du marche VE. “Stellantis a investi 30 milliards d’euros dans l’electrification a l’echelle mondiale, dont 8 milliards en France”, rappelle le directeur France du groupe.

Tesla, malgre la controverse autour d’Elon Musk, maintient sa position avec la Model Y, troisieme modele electrique le plus vendu en France. La marque americaine a vendu 48 000 vehicules en France en 2025.

Le segment des vehicules electriques abordables, longtemps absent, commence a se structurer. La Dacia Spring, a partir de 18 000 euros, est le vehicule electrique le moins cher du marche et s’est vendue a 32 000 exemplaires en 2025. “Le prix reste le premier frein a l’adoption du VE, et nous travaillons a le faire baisser”, reconnait le directeur de Dacia.

Les prix des batteries s’effondrent

La baisse du cout des batteries est le moteur principal de la democratisation du VE. Selon le cabinet BloombergNEF, le cout moyen des batteries lithium-ion est passe de 140 dollars/kWh en 2023 a 95 dollars/kWh en 2026, soit une baisse de 32% en trois ans.

“Nous approchons du seuil de parite avec le thermique, qui se situe autour de 80 dollars/kWh”, explique le directeur de la recherche batterie du CEA. “A ce niveau, le cout de production d’un VE sera inferieur a celui d’un vehicule thermique equivalent.”

Les constructeurs francais se sont engages dans une course a la batterie low-cost. Renault a annonce en 2025 le developpement de la “Renault 5 E-Tech” dont le prix d’entree sera inferieur a 25 000 euros, grace a une batterie LFP (lithium fer phosphate) produite en partenariat avec le chinois CATL.

Stellantis a investi 2,5 milliards d’euros dans une gigafactory a Douvrin (Pas-de-Calais), en partenariat avec TotalEnergies et Mercedes-Benz. L’usine, mise en service en 2025, produit des batteries pour 500 000 vehicules par an. “Notre objectif est de produire les batteries les plus competitives d’Europe”, affirme le directeur de l’usine.

Le marche de l’occasion electrique emerge

Le marche de l’occasion electrique, longtemps embryonnaire, commence a decoller. Selon le baromètre du site La Centrale, les ventes de VE d’occasion ont augmente de 55% en 2025 representant 8% du marche de l’occasion total.

“Les premiers VE mis en circulation en 2015-2016 arrivent sur le marche de l’occasion, avec des prix attractifs entre 8 000 et 15 000 euros”, analyse le directeur de La Centrale. “Cela ouvre l’acces au VE pour les menages modestes.”

La duree de vie des batteries est un sujet de confiance pour les acheteurs d’occasion. “Les batteries modernes conservent 90% de leur capacite apres 200 000 kilometres”, rassure le directeur technique de Renault.

Les infrastructures de recharge se deploient

Le deploiement des bornes de recharge est un enjeu cle pour le marche VE. Selon l’Avere-France, la France comptait 150 000 points de recharge ouverts au public en juin 2026, contre 100 000 un an plus tot.

L’objectif de 400 000 points de recharge en 2030, fixe par le gouvernement, est en bonne voie. “Nous installons 15 000 nouvelles bornes par mois, un rythme qui doit encore s’accelerer”, indique le ministre de la Transition Energetique.

Le marche des bornes de recharge est devenu un secteur d’investissement majeur. TotalEnergies a annonce un plan d’investissement de 1,2 milliard d’euros pour deployer 20 000 bornes de recharge rapide en France d’ici 2028. “Notre objectif est d’avoir une borne de recharge rapide tous les 50 kilometres sur le reseau autoroutier”, explique la direction.

La startup parisienne Electra, fondee en 2021, a leve 140 millions d’euros en 2025 pour deployer 5 000 bornes de recharge ultra-rapide (350 kW) en France et en Europe. “Nous installons des bornes dans les centres commerciaux et les supermarches, la ou les clients se garent deja”, explique le CEO.

L’industrie automobile francaise se transforme

La mutation vers l’electrique bouleverse l’industrie automobile francaise. Selon la PFA, les usines francaises ont produit 1,5 million de vehicules en 2025, dont 35% de VE ou hybrides rechargeables.

Renault a converti son usine de Douai a la production de VE, avec un investissement de 1,5 milliard d’euros. L’usine, qui employait 3 000 personnes, a vu ses effectifs augmenter a 3 500 pour la production de la Megane E-Tech et de la future R5 E-Tech.

Stellantis a investi 1,8 milliard d’euros dans ses usines de Sochaux et Mulhouse pour les adapter a la production de VE. “La production d’un VE necessite 30% de main-d’oeuvre en moins qu’un vehicule thermique, ce qui pose la question de l’emploi”, reconnait le directeur des operations France de Stellantis.

Le nombre d’emplois dans la filiere automobile francaise (constructeurs, equipementiers, sous-traitants) est passe de 450 000 en 2010 a 380 000 en 2025. “La transition electrique va encore reduire les effectifs de 15 a 20% d’ici 2035”, estime le cabinet AlixPartners.

Les defis a relever

Le marche automobile francais doit relever plusieurs defis pour accelerer la transition electrique. Le premier est le prix d’achat, encore superieur au thermique de 30% en moyenne. Le bonus ecologique, reduit en 2025, a ete porte a 4 000 euros pour les menages modestes en 2026.

Le deuxieme defi est l’autonomie et la recharge. “L’anxiete d’autonomie recule, mais 35% des Francais sans garage ou parking prive restent freines”, selon une etude de l’Observatoire du VE.

Le troisieme defi est la dependance aux matières premieres critiques. “La production d’une batterie de 60 kWh necessite 8 kg de lithium, 14 kg de cobalt et 35 kg de nickel”, rappelle le BRGM. La France developpe des filieres d’extraction et de recyclage pour securiser ses approvisionnements.

Perspectives

Le marche automobile francais s’achemine vers une part de VE de 50% en 2030 et 100% en 2035 (pour les ventes de vehicules neufs). Les investissements cumules dans l’electrification automobile en France depasseront les 30 milliards d’euros d’ici 2030.

Le marche des vehicules autonomes

Le marche des vehicules autonomes progresse lentement mais surement en France. Selon le cabinet BCG, le marche francais des vehicules autonomes (niveaux 4 et 5) devrait atteindre 5 milliards d’euros en 2030.

La ville de Paris a lance en 2026 une experimentation de navettes autonomes sur la rive droite, en partenariat avec la start-up rennaise Navya (devenue EasyMile). “Nous deployons 15 navettes autonomes sur un circuit de 8 kilometres, avec un objectif de transport de 2 000 passagers par jour”, explique le directeur des transports de la mairie de Paris.

Le groupe Renault a annonce le lancement en 2027 d’un service de robotaxi a Marseille, en partenariat avec la start-up americaine Waymo. “Notre service couvrira 60 kilometres carres et permettra aux habitants de se deplacer sans conducteur”, indique la direction.

La reglementation francaise s’adapte. Une ordonnance de 2025 a autorise la circulation de vehicules autonomes de niveau 4 sur les voies publiques, sous reserve d’une autorisation prealable. “La France est l’un des pays europeens les plus avances sur le plan reglementaire”, se felicite le ministere des Transports.

Les constructeurs chinois, nouvelle menace

L’arrivee des constructeurs chinois sur le marche europeen et francais est une source d’inquietude pour l’industrie automobile francaise. Selon le cabinet Inovev, les constructeurs chinois (BYD, MG, Nio, Xpeng) ont vendu 45 000 vehicules en France en 2025, soit 2,5% du marche.

“Les constructeurs chinois progressent rapidement, portes par des vehicules electriques a bas prix et une forte capacite d’innovation”, analyse un consultant du cabinet AlixPartners.

BYD a lance en France son modele le moins cher, la Dolphin, a 22 000 euros, soit 3 000 euros de moins que la Renault Megane E-Tech. “Notre avantage est notre integration verticale : nous produisons nous-memes nos batteries, nos moteurs et nos semi-conducteurs”, explique le directeur France de BYD.

Stellantis et Renault reagissent en accelerant leurs programmes de vehicules a bas cout. La future Renault 5 E-Tech, annoncee a 24 000 euros, est une reponse directe a la concurrence chinoise. “Nous ne laisserons pas le marche des VE abordables aux Chinois”, previent le directeur general de Renault.

Les constructeurs francais, longtemps en retard sur la transition, sont desormais en position de force. Les secteurs porteurs identifies pour 2027 placent l’automobile electrique au coeur des mutations industrielles francaises, avec des retombees significatives sur l’emploi, la formation et l’innovation.

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