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Industrie de defense francaise : le retour des investissements

La Loi de Programmation Militaire 2024-2030 et le contexte geopolitique international propulsent les depenses de defense a 3,5% du PIB, offrant au secteur industriel français des perspectives de croissance inedites depuis la Guerre Froide.

Lignes d assemblage de blindes militaires dans une usine de la region PACA

L’industrie de defense française vit un moment historique. Avec un budget 2026 de 57,3 milliards d’euros, en hausse de 13,4% par rapport a 2025, le ministere des Armees devient le premier budget d’investissement de l’Etat, devant l’Education nationale et la Transition ecologique. La LPM 2024-2030, revisee en juillet 2026 pour integrer les enseignements de la guerre en Ukraine, prevoit 423 milliards d’euros d’effort de defense sur la periode, dont 173 milliards consacres aux equipements.

Un carnet de commandes qui explose

Les principaux groupes de defense français affichent des carnets de commandes records. Dassault Aviation, avec son Rafale, totalise 312 commandes fermes fin 2025, dont 84 pour l’exportation (Emirats Arabes Unis, Indonésie, Grece, Egypte). La cadence de production, montee a trois appareils par mois en 2025, doit passer a quatre en 2027. Le chiffre d’affaires du groupe a atteint 9,8 milliards d’euros en 2025, en hausse de 22%, pour un carnet de commandes de 38 milliards.

Naval Group, le maitre d’oeuvre des sous-marins français, affiche un carnet de 21 milliards d’euros, porte par le programme SNLE 3G (sous-marin nucleaire lanceur d’engins de troisieme generation) et le contrat australien, meme si l’accord AUKUS a prive le groupe du marche des sous-marins conventionnels destines a Canberra (indemnites de 555 millions d’euros versees). Le groupe a recrute 2 800 personnes en 2025 et prevoit 3 200 embauches en 2026.

Thales, le leader europeen de l’electronique de defense, a enregistre une prise de commandes de 26,8 milliards d’euros en 2025, en progression de 18%. Son carnet de commandes atteint 47,2 milliards, representant 3,5 annees d’activite. Le segment defense et securite represente 58% du chiffre d’affaires du groupe, et les effectifs dedies a la defense ont augmente de 4 200 personnes en 2025.

Pour une mise en perspective de ces performances industrielles avec les tendances plus larges du marche, nous vous invitons a lire notre analyse sur les cinq marches a suivre pour les investisseurs en 2027.

Le marche de l’armement terrestre en plein essor

La guerre en Ukraine a demonte la these de l’obsolescence du combat terrestre lourd. Le groupe KNDS (Krauss-Maffei Wegmann et Nexter), qui fabrique le char Leclerc et le canon Caesar, a vu son chiffre d’affaires passer de 2,8 a 4,5 milliards d’euros entre 2022 et 2025. Le canon Caesar, qui a fait ses preuves en Ukraine, a ete commande par 9 pays, dont la Republique tcheque (52 unites) et la Lituanie (18 unites). La cadence de production est passee de 2 a 8 systemes par mois.

Le marche des munitions, longtemps considere comme un segment mature, connaît une croissance explosive. Le groupe Eurenco, qui exploite l’usine de Bergerac (Dordogne), a investi 120 millions d’euros pour tripler sa capacite de production de poudres propulsives. Le plan “Munitions 2030”, annonce par le ministere des Armees en mars 2026, prevoit 1,5 milliard d’euros d’investissements pour reconstituer les stocks français, tombes a des niveaux historiquement bas apres les cessions a l’Ukraine.

Le groupe Safran, via sa filiale Safran Electronics & Defense, a lance en 2025 une nouvelle usine de capteurs inertiels a Valence (Drome) pour un investissement de 110 millions d’euros. Les equipements de guidage de precision representent un marche de 1,8 milliard d’euros en France, en croissance de 25% par an.

L’exportation comme moteur de croissance

La France est le troisieme exportateur d’armement mondial derriere les Etats-Unis et la Russie, avec 10,8% de parts de marche, selon le rapport 2025 du SIPRI (Stockholm International Peace Research Institute). Les prises de commandes export 2025 atteignent 18,3 milliards d’euros, un record historique. Les principaux clients sont les Emirats Arabes Unis (6,8 milliards en 2025), l’Inde (3,2 milliards) et la Grece (2,1 milliards).

Le Rafale continue sa carriere exportatrice. L’Indonesia a confirme en fevrier 2026 l’achat de 18 Rafale supplementaires portant sa commande totale a 60 appareils. La Serbie a signe en mars 2026 pour l’acquisition de 12 Rafale d’occasion, premier contrat europeen non-OTAN pour Dassault.

Le segment des helicoptères de combat est porte par Airbus Helicopters (Marignane), dont le NH90 et le Tigre standard 3 font l’objet de negociations avancees avec l’Espagne (24 appareils) et la Pologne (32 appareils). Airbus Helicopters a livre 413 helicoptères en 2025, dont 168 a usage militaire, et affiche un carnet de commandes de 11,4 milliards d’euros.

La BITD: un ecosysteme en consolidation

La Base Industrielle et Technologique de Defense (BITD) française compte 4 000 entreprises, dont 400 PME et ETI critiques directement sous contrat avec la Direction Generale de l’Armement (DGA). Le chiffre d’affaires cumule de la BITD atteint 35 milliards d’euros en 2025, avec un effectif de 200 000 emplois directs et 150 000 emplois indirects.

Le fonds d’investissement Defense Invest, cree en 2023 par Bpifrance et la DGA, a investi 240 millions d’euros dans 23 PME de la BITD en 2025. Parmi les operations notables, la prise de participation a 45% dans Hemeria (fabricant de drones tactiques) pour 18 millions d’euros, et l’investissement de 12 millions dans Sysnav (navigation inertielle sans GPS). Le fonds vise une dotation de 800 millions d’euros d’ici 2028.

Le marche des drones militaires français est en pleine structuration. La DGA a notifie en 2025 les premiers contrats du programme “Drone Tactique” a la coentreprise entre Dassault Aviation et Thales, pour un montant de 470 millions d’euros. Le drone Patroller, developpe par Safran, a ete commande par l’Armee de Terre a hauteur de 22 systemes.

Comme nous le decrivions dans notre article sur le capital-risque français en grande transformation, la defense est devenue l’un des secteurs les plus actifs pour les fonds d’investissement tricolores.

L’innovation duale: defense et civil

Le plan France 2030 a identifié 14 technologies duales prioritaires (spatial, cyber, IA, drones, quantique). L’enveloppe dediee au dual est de 1,2 milliard d’euros, co-gerée par la DGA et le SGPI (Secretariat General pour l’Investissement). En 2025, 47 projets ont ete selectionnes pour un financement total de 340 millions d’euros.

La start-up Preligens (Paris), specialiste de l’intelligence artificielle pour l’analyse d’images satellitaires (detection de mouvements de troupes, identification d’equipements), a leve 75 millions d’euros en 2025 aupres d’Accel et de Bpifrance. L’entreprise, qui travaille avec la DGA et le Commandement de l’Espace, diversifie desormais ses applications vers le maritime et l’industrie.

Dassault Systemes a developpe avec la DGA une plateforme de jumeau numerique pour la maintenance predictive des equipements militaires, deployee sur les frégates multi-missions et les avions Rafale. Le marche du jumeau numerique dans la defense est estime a 2,1 milliards d’euros en Europe en 2030.

Verkor, le fabricant de batteries français, a ete selectionne en 2025 par la DGA pour fournir les batteries de nouvelle generation des sous-marins conventionnels Shortfin Barracuda et des vehicules blindes de l’Armee de Terre. Le contrat, d’un montant de 180 millions d’euros, illustre la porosite croissante entre les filières batterie civile et militaire.

Cyberdefense: le maillon faible devenu priorite

Les depenses de cyberdefense françaises atteignent 2,6 milliards d’euros en 2026, en hausse de 35% par rapport a 2025. Le Commandement de la Cyberdefense (COMCYBER) compte 4 500 specialistes, objectif porte a 6 000 en 2030. La DGA a lance en 2026 l’Appel a Projets “Cyber Bouclier” dote de 120 millions d’euros.

La start-up française Tessi, via sa filiale Tessi Cybersecurity, a remporte en mars 2026 un contrat cadre de 45 millions d’euros avec le ministere des Armees pour la securisation des SI operationnels des bases de defense. Le groupe Capgemini a cree une division dediee a la cyberdefense en 2025, recrutant 800 collaborateurs, et siege au conseil d’orientation de l’Ecole de Guerre Economique.

Enjeux de financement et perspectives du marche

Le financement de l’industrie de defense française repose sur une combinaison de credits budgétaires, d’exportations et d’investissements prives, ces derniers representant 18% du total en 2025, contre 8% en 2020. Les fonds d’investissement ont accru leur exposition au secteur, avec 1,4 milliard d’euros investis dans des PME de defense en 2025.

Les banques françaises, longtemps reticentes a financer le secteur, ont assoupli leurs politiques de credit sous la pression de l’Etat. BNP Paribas, Societe Generale et Credit Agricole ont signe en 2025 une charte de financement de la BITD, s’engageant a ne pas discriminer les entreprises de defense dans leurs politiques de financement.

Le marche obligataire a egalement ete mobilise. L’Agence France Tresor a émis en 2025 une obligation souveraine dediee au financement de la defense pour 5 milliards d’euros, avec un taux de 2,85%. L’emission a ete sursouscrite 3,2 fois, principalement par des investisseurs institutionnels français.

Les perspectives de croissance du secteur restent solides, avec un taux de croissance annualisé prévu de 8% a 10% jusqu’en 2030, selon le cabinet McKinsey. Les segments les plus porteurs sont les munitions et systemes terrestres (+15% par an), la cyberdefense (+25% par an) et les drones (+20% par an). L’enjeu principal pour la filière reste le recrutement: 15 000 postes sont a pourvoir dans la BITD en 2026, dont 40% dans l’ingénierie et le developpement logiciel.

Le secteur de la defense française aborde une décennie de transformation profonde, portée par la reappreciation de la menace et le volontarisme budgetaire de l’Etat. Les PME et ETI de la BITD, qui constituent le maillon faible historique de la chaine de valeur, beneficient d’une attention renouvelée des investisseurs et des pouvoirs publics. La consolidation du secteur, avec le rapprochement attendu entre KNDS et Rheinmetall annonce en juin 2026, pourrait créer un champion europeen du combat terrestre pesant 8 milliards d’euros de chiffre d’affaires.

Pour completer cette analyse sectorielle, nous vous recommandons la lecture de notre dossier sur les marches qui vont exploser en 2026.

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